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Éloge du slow travel

Ahhhhh les voyages…

De nos jours, de plus en plus de gens veulent voyager, ou le font. Les raisons d’une telle entreprise ne manquent pas : faire un break en quittant le stress du monde du travail, partir à la découverte de nouvelles cultures, ou bien carrément envisager l’expatriation.

La bonne nouvelle, c’est que voyager aujourd’hui n’a jamais été aussi simple. Les transports aériens sont devenus bon marché. Moins de visas sont exigés. Et il existe Internet, qui a enterré -ou presque- le bon vieux guide papier.

La mauvaise nouvelle, c’est que cela engendre un tourisme de masse… Et nous y participons tous, même (surtout?) nous, innocents voyageurs-blogueurs que nous sommes, alors que nous sommes les premiers à le dénoncer.

Dans ce billet, j’ai envie de parler de mon expérience de voyageur, et comment ma conscience écologique -que j’ai toujours eue mais qui était bien enfouie au fond de moi- s’est réveillé.

Petit manifeste modeste pour une autre manière de voyager.

 

Ton orgueil tu gonfleras…

Le voyage s’est démocratisé. Il est devenu, qu’on le veuille ou non, un bien de consommation courante. ET de valorisation sociale, via les médias sociaux. J’ai même souvent le sentiment qu’on fait constamment dans la surenchère dans notre manière de voyager, comme dans les émissions de télé.

Un animateur télé type Hanouna :

« Tiens tu as reçu un candidat analphabète dans ton émission? Attends tu vas voir, je vais dégoter un bègue pour ma prochaine émission! »

Pour le voyage c’est pareil.

Claudette :

« Lors de mon voyage en Malaisie, je suis monté en haut des Petronas Towers (Kuala Lumpur), trop bien! »

Yvonne :

« Pfff c’est has been les Petronas… Moi j’ai fait la Skyline de Dubai (entre deux escales), l’ascenseur supersonique, c’est trop bien !! »

 

…et ta « To-do List » tu rempliras

Lorsque j’ai commencé à voyager, je faisais la même chose. Je ne voulais rien rater, je voulais tout visiter! Pour répondre à ma soif d’aventures et de découverte certes, mais peut-être également en réponse à une pression de la société de consommation, qui nous vend sans cesse des destinations. J’étais en mode « les mille lieux qu’il faut avoir vus avant de mourir ».

Il faut dire que c’est pratique, car à notre retour dans le pays, on peut en mettre plein la vue à ses interlocuteurs. Quand on me demandait où j’étais allé exactement, à mon retour d’Australie, je répondais invariablement la même chose, presque lassé d’une telle question…

« Ben partout. Je suis allé dans tous les États australiens », répondais-je certainement avec un peu de vanité (même si c’était la stricte vérité)

J’y avais passé un an et demi il est vrai, mais il fallait tout de même le faire vu les distances. Certains Backpackers croisés en route travaillaient parfois 6 mois au même endroit avant de repartir sur les routes…

Pour autant, mon ego n’a pas renoncé à l’idée de voir « les mille lieux qu’il faut avoir vus avant de mourir ». Mais ma raison m’a fait prendre conscience que ce sera très difficile, étant donné mon temps imparti sur cette planète. Et pas très raisonnable, ni écologique de surcroît…

Ma « To-do List » restera donc aujourd’hui virtuelle et fluctuante, et c’est mieux comme ça. Mais si je ne devais garder qu’un seul objectif ? Avoir visité au moins la moitié des pays dans le monde. Ainsi peut-être mourrai-je moitié moins bête…

 

Ne voyage plus Auchan, prends ton temps

Le problème aujourd’hui, c’est que l’on ne voyage plus : on consomme du voyage. J’ai fait de même, et je continuerai certainement pendant un moment car j’adore voyager (c’est une addiction : Antoine de Maximy, sors de ce corps !). Mais je ne le ferai plus de la même manière.

Le voyageur lambda a une logique : optimiser son temps et son argent durant son voyage. Et ce raisonnement est une logique d’entreprise, qui ne tient pas compte des logiques humaines et naturelles.

Désolé de vous le dire, mais nous faisons tous pareils, moi le premier. Et il n’y a pas de mal à ça ! Sauf si on s’en rend compte et que ça nous dérange, auquel cas on essaie d’y remédier, comme moi.

Personnellement, j’ai arrêté de faire la course tout le temps pour attraper mon bus et mon avion entre deux visites de temples millénaires. Planifier minutieusement mes journées pour voir le maximum? Fini pour moi. J’aime aller au gré de mes envies, et déambuler dans la ville sans but précis. Et tant pis si je n’ai pas visité tel endroit N°1 sur TripAdvisor, je le ferai la prochaine fois.

C’est exactement ce que j’avais décidé de faire lors de mon premier voyage au Cambodge. Je n’avais que deux semaines pour le visiter, et j’étais arrivé par le sud, à Sihanoukville (d’ailleurs si ça vous intéresse, j’ai rédigé un article à ce sujet : 15 jours au sud du Cambodge). Comme tout bon voyageur-consommateur qui se respecte, je voulais voir les temples d’Angkor. Forcément, on ne peut pas visiter le Cambodge sans admirer les temples d’Angkor, sacrilège! C’est comme visiter Paris sans voir la Tour Eiffel, Londres sans observer Big Ben, Berlin sans toucher le mur ! Bref, impensable.

Mais c’est pourtant ce à quoi je me suis résolu. J’ai préféré me prélasser et profiter de délicieuses baignades sur des plages de rêve, avoir le temps d’apprécier les charmes de Kampot, et savourer le délicieux crabe au poivre de Kep plutôt que de perdre deux journées entières en bus. En effet, je devais revenir à Phnom Penh pour rallier après Hô Chi Minh (Vietnam). Donc parcourir 1000 km aller-retour et « bouffer » du temple pendant deux jours… j’ai dit non.

Bien m’en a pris puisque j’ai finalement visité les temples d’Angkor trois ans plus tard lors de mon deuxième séjour au Cambodge. Bon je vous l’accorde, ce n’est pas tous les jours qu’on fait 20000km aller-retour pour visiter un lieu qui manque à notre « To-do List» (virtuelle). Mais si l’on a fermement décidé de revenir, tout est possible…

 

Résiste… prouve que tu existes

Résister à la tentation de tout voir, ce n’est pas facile. Et encore moins lorsqu’on est un habitué des réseaux sociaux comme Facebook et Instagram. Voir constamment des publications de nos amis sur telle ou telle destination crée de la frustration, et invite à faire de même dans la surenchère.

C’est pareil avec la photographie. C’est devenu une course incessante à la plus belle photo. On va tous au même endroit pour voir le même coucher de soleil (ahhh la dictature du coucher de soleil… j’y reviendrai!), mais on veut la MEILLEURE photo. Pour avoir le plus de clics et de commentaires le lendemain. On n’admire plus un paysage, on le consomme.

Ne vous inquiétez pas je suis pareil. Dur de résister à l’engouement de masse, et la pression des autres qui veulent te faire culpabiliser si « t’as raté le superbe coucher de soleil! » Maintenant je n’ai plus de scrupules, je les ignore superbement (les couchers de soleil, pas les gens^^). Je me dis que ce n’est pas grave : il y en aura un meilleur le lendemain…

Aujourd’hui, j’adopte lentement mais sûrement une autre manière de voyager : le slow travel. Et c’est très agréable. Ne pas avoir à défaire et refaire tout le temps sa valise, à devoir penser tout de suite à la suite du programme, à réserver ses billets… Pourquoi courir quand on est en vacances ? On le fait déjà quand on travaille, alors à quoi bon ??

Vous souhaitant un agréable voyage au ralenti…

Asiatiquement vôtre

2 commentaires

  • Romain

    J’ai adÔré ton article cher Vincent! 🙂 …en effet, à quoi bon courir tout le temps en voyage si on ne profite jamais vraiment parce-que sur les rotules ou en train de regarder sa montre à longueur de journées surchargées! …merci donc pour cet article éclairé 😀 ..en te souhaitant de lents éco-périples à venir! 😉

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